Mohammed
Ibn El Hadj Ahmed El Mokrani est issu d'une famille ancienne
aisée de Kal'at Beni Abbès propriétaire de nombreuses terres
agricoles. Cette situation lui conférait le respect des tribus
et de leurs chefs.
Son père, El Hadj Ahmed El Mokrani, fut désigné en tant que khalifa
(gouverneur de province) sur tous ceux qui lui firent allégeance
après la publication de l'édit royal du 30 septembre 1838 mais
il décéda à Marseille en 1853 à son retour des Lieux Saints.
Ce nouvel élément servit son fils aîné qui avait reçu une éducation
islamique saine auprès de son père et au sein d'une famille puissante
et respectée, ayant appris le Coran dès son jeune âge à l'instar
de ses congénères ainsi que les bases de la langue arabe. Ceci
lui permit par la suite de succéder à son père et il devint Cheikh
Mohammed El Mokrani, khalifa sur les habitants de sa région.
Toutefois, l'administration coloniale faisant fi de cette fonction
le nomma à une fonction subalterne , celle de bachagha.
Considérant l'attitude de l'administration française comme une
offense faite à sa famille ainsi qu'à lui-même, Cheikh Mohammed
El Mokrani présenta sa démission et regagna ses propriétés à Ben
Aknoun, près d'Alger, suite à l'initiative prise par les autorités
coloniales de nommer l'officier Marmier, gouverneur de la région
de Bordj Bou Arréridj. Un autre officier fut également désigné pour
le poste de Tazmalt, fondé par son frère Lakhdar El Mokrani .
Aux yeux du Bachagha El Mokrani, ces agissements furent considérés
comme un déni de sa valeur, une limitation effective de son influence
et une extension de l'influence française dans les régions qui étaient
sous son autorité.
Il jugea donc nécessaire de s'empresser de déclarer la guerre sainte,
se basant pour cela sur sa force locale.
L'initiative fut donc prise en février 1871 au cours d'une réunion
importante qu'il a tenue au marché de Sidi Aïssa à laquelle assistèrent
les chefs de tribus et où Cheikh El Mokrani appela au déclenchement
de la Révolution et
la proclamation de la guerre sainte, guerre qu'il poursuivit inlassablement
jusqu'à sa mort au champ d'honneur, au cours de la bataille d'Oued
Soufflat, le 05 mai 1871.