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LA
GREVE DES HUIT JOURS |
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1-
Introduction |
La
grève des huit jours constitue une des étapes les plus importantes
dans l’histoire de l’évolution du mouvement révolutionnaire algérien,
puisqu’elle est intimement liée au développement de la question
algérienne auprès des Nations Unies.
Sur le plan intérieur, la grève a prouvé, à travers la large adhésion
populaire de toutes les catégories (étudiants, travailleurs, paysans
et artisans).
C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’a émergé le rôle de l'Union
Générale des Travailleurs Algériens, de l’Union
Générale des Etudiants Musulmans Algériens et de
l’Union des commerçants .Ce qui démontre la prise en charge de la
Révolution par le peuple et partant, son attachement à sa revendication
fondamentale, à savoir le recouvrement, sous la direction du Front
et de l’Armée Nationale Populaire, des droits dont
il a été spolié.
Dans l’appel à la grève, le Front de Libération Nationale a précisé les
causes ainsi que les objectifs visés à travers cette grève.
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2-
Situation de la Révolution avant la grève |
Sur
le plan intérieur :
Multiplication
des opérations de répression de la part du gouvernement français
de gauche présidé par Guy Mollet, notamment après que les
pleins pouvoirs lui aient été conférés par l’Assemblée Nationale
Française.
L’acharnement de la France à mettre un terme à la Révolution
s’est notamment accru après que le
Congrès de la Soummam ait défini les différentes
bases organisationnelles et structurelles qui ont permis à la
Révolution de susciter l'adhésion populaire.
La politique française s’est concrétisée à travers l’intensification
des opérations militaires, l’augmentation du nombre de soldats,
l’appel aux forces de l’OTAN, la création de zones interdites,
de camps de concentration et le recours à la piraterie aérienne
par le détournement de l’avion des cinq leaders en octobre, pensant
ainsi mettre fin à la Révolution.
Sur le
plan extérieur :
Les succès diplomatiques
réalisés par la question algérienne auprès des instances
internationales parmi lesquels le Congrès
de Bandoeng en avril 1955 qui a approuvé une
motion de soutien au droit du peuple algérien à l’autodétermination.
Le deuxième succès a été enregistré lorsque la diplomatie
algérienne est parvenue, à la fin de l’année 1956, à inscrire
la question algérienne à l’ordre du jour des travaux de l’assemblée
générale de l’ONU, au cours de sa dixième session.
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3-
Décision de faire la grève et préparatifs |
En
application des décisions du Congrès de la Soummam visant à une
recrudescence de l’action révolutionnaire et politique et l’implication
de toutes les couches du peuple algérien dans la Révolution,
une réunion fut tenue le 22 janvier 1957 à Alger par les membres
du Comité de Coordination et d'Exécution.
Après avoir étudié plusieurs propositions, Abane
Ramdane, Larbi
Ben M’hidi et Benyoucef
Benkhedda arrêtèrent la date du 28 janvier 1957
pour entamer la grève et ce, avant l’examen du dossier de la question
algérienne à New York.
La préparation de la grève fut confiée aux six wilayate. Plusieurs
commissions furent constituées au sein des services et entreprises
avec pour missions la sensibilisation et l'orientation de la population
qui fut par ailleurs appelée à constituer des réserves de denrées
durant les journées de grève. Elles devaient également définir
des formes d’aide aux familles démunies et distribuer les tracts
appelant à la grève.
En outre, des commissions extérieures furent également mises en
place au niveau des regroupements d’Algériens à l’étranger.
Entre autres décisions du CCE, figure la mission dévolue aux unités
de l’Armée
de Libération Nationale d’intensifier les attaques,
monter des embuscades et multiplier les actes de sabotage au niveau
des installations militaires et économiques françaises.
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4-
Objectifs visés par la grève |
1-
La grève est un référendum national et global à travers lequel
le peuple a exprimé sa confiance absolue en l’Armée et le Front
de Libération Nationale.
2- Opérer la rupture définitive
entre le système colonial et chacun des éléments
du peuple algérien.
3- Mobiliser le peuple algérien
dans sa totalité pour participer au combat collectif
et démontrer au monde qu'il est déterminé à poursuivre
la lutte pour le recouvrement de son indépendance
et a unifié ses rangs derrière le Front et l’Armée
Nationale de Libération.
4- Informer les délégations internationales
présentes à New York de la situation prévalant en
Algérie afin de soutenir les efforts fournis par
la délégation du Front
de Libération Nationale, chargée
de suivre la question algérienne aux Nations Unies, à travers
lesquels la délégation espère parvenir à faire approuver
par l’Assemblée Générale des Nations Unies une résolution
reconnaissant à l’Algérie son droit à l’indépendance.
5- Détruire les allégations du colonialisme
prétendant que les révolutionnaires sont des éléments
n’ayant aucune relation avec le peuple.
6- Mettre les autorités coloniales
en Algérie dans une position telle qu'elles réaliseront
de façon définitive qu’elles sont confrontées à une
révolution populaire et que quels que soient les
moyens de répression et de destruction employés par
elles, elles ne pourront pas lui barrer la route
vers le recouvrement de la souveraineté nationale
spoliée.
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5-
Déroulement de la grève et réactions françaises |
La
grève débuta à l’heure prévue et engloba, dès le premier jour,
toutes les régions du pays. En réponse à l’appel du Front de
Libération Nationale, les Algériens sont restés chez eux et dans
les villes, les différentes activités furent paralysées, à tel
point que celles-ci ressemblaient à des villes mortes après que
les locaux commerciaux furent fermés et désertés par les propriétaires.
A propos du premier jour de grève à Alger, voici ce que rapporte
un journaliste: « De ma vie, je n’ai jamais vu une ville sur laquelle
plane le spectre de la mort en plein jour, comme c’est le cas pour
la Casbah par la rareté des passants et l'horreur du calme profond
qui pèse sur ses maisons comme si les habitants étaient plongés
dans un profond sommeil. » (Agence américaine Associated Press)
Concernant la proportion d’adhésion populaire au mouvement de grève,
la presse étrangère et même française contemporaine de l’événement,
dont l’Observateur, avance le chiffre de « 90% aussi bien dans
les administrations que les services publics officiels tels que
les services de la Poste, les chemins de fer ou les différents
moyens de communication ainsi que les marchés publics centraux
ou de vente au détail »
Le colonialisme français a réagi en mobilisant d’importants moyens
matériels et militaires et en recourant à tous les moyens les plus
vils et les plus barbares pour faire échouer la grève.
Ainsi l’administration coloniale commença par créer une fausse
radio clandestine ayant pour nom « la voix de l’Algérie libre en
lutte » pour contrefaire la radio « la voix de l’Algérie libre
combattante ». Sur les ondes de cette radio, étaient diffusés des
communiqués, des ordres et des contre-ordres fallacieux destinés à contrecarrer
les ordres de l’Armée et du Front de Libération Nationale et à travers
ses émissions, il était assuré que la grève n'était qu'un complot
colonialiste qu’il fallait faire échouer.
Parmi les mesures prises également par les autorités françaises,
la distribution de faux tracts sur lesquels figurait l’image du
drapeau algérien, en plus la diffusion de communiqués officiels
menaçant les grévistes des pires sanctions.
Outre ces mesures prises par l’administration coloniale, des milliers
d’agents de l'ordre français patrouillaient continuellement dans
les rues d’Alger et des autres villes du pays. Le quartier de la
Casbah fut isolé des autres quartiers de la ville et des chars
bloquèrent toutes les routes à l’extérieur de la ville. Par ailleurs,
les avions jetaient des tracts invitant les habitants d’Alger à ne
pas répondre à la grève et disant que ceux qui incitaient les gens à faire
grève seront arrêtés. En dépit de ces menaces, mises en garde,
actions de répression et malgré le siège, la grève avait néanmoins
atteint les objectifs que s'était fixés le Front de Libération
Nationale à travers son déclenchement.
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6-
Résultats de la grève |
La
grève de huit jours a atteint plusieurs objectifs parmi lesquels
nous citerons :
1-
L'adoption de façon unanime par le peuple et les masses urbaines
en particulier de la revendication d’indépendance, ce qui
constitue un coup dur porté à l’affirmation que l’Algérie
est française, confirmant ainsi le principe d'une rupture
définitive entre le système colonial français et les différentes
catégories du peuple algérien.
2- La grève a constitué en quelque
sorte un référendum à travers lequel le peuple
a exprimé son attachement et sa confiance dans
le Front et l’Armée de Libération Nationale en
tant qu’unique représentant légitime, renforçant
ainsi la position et l’audience du Front de Libération
aussi bien au plan interne qu'externe.
3- La victoire politique sur le
plan international visée par notre Révolution à travers
un débat sur la question algérienne qui dura plus
de dix jours et des recommandations démontrant
que le problème algérien était l'un de ceux auxquels
s'appliquent les principes de la Charte des Nations
Unies relatifs au droit à l’autodétermination et
demandant à la France de suivre cette direction
pour sa solution.
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