Le
traité de reddition conclu le 5 juillet 1830 entre le Comte De
Bourmont , commandant de l’armée
française d’occupation et le régent d’Alger le Dey
Hussein n’était
en fait que la soumission du faible au plus fort et du vaincu
au vainqueur.
Bien
que l’article 5 du traité stipule la non atteinte à la religion
musulmane, ni aux biens du peuple algérien, ni à leurs commerces
ou industries, les biens privés n’échappèrent pas au pillage
et à la rapine.
Les
troupes d’occupation, aussi bien les officiers que les soldats,
entreprirent de chasser les habitants de la Casbah où se
situait le siège du Dey et commencèrent à creuser le sol
dans l’espoir de découvrir les trésors enfouis de l’Algérie.
Les murs d’enceinte furent également détruits dans le même
objectif, de même que les particuliers furent contraints
d’abandonner leurs biens et leurs demeures, craignant pour
leurs vies, ainsi qu’en témoigne Hamdan Khodja lui-même.
En
outre, des terres et des maisons relevant des biens privés
furent accaparés par l’autorité d’occupation. C'est ainsi
que plus de 168 mille hectares furent confisqués pour la
seule région d’Alger, auxquels il faut ajouter l’opération
de regroupement des tribus expropriées de leurs terres dans
le cadre d’une loi promulguée par le Gouverneur Général Randon dont
l’application débuta en 1863.
Selon
le témoignage de Hamdan
Khodja, les notables d’Alger
furent contraints de quitter la ville laissant leurs biens
en proie au pillage, ce qui a eu une influence négative sur
les couches démunies qui se sont révoltées contre cette politique.
Les
soldats de l’ennemi ont également pris possession des meubles,
notamment les armes incrustées d’or, d’argent ou de pierres
précieuses. Parmi les demeures qui furent l'objet de pillage,
il y eut celle de Hamdan Khodja lui-même .Toutes les
demeures situées à Alger destinées à la villégiature furent également
accaparées.
Les
propriétaires des biens privés réquisitionnés par la force
ne reçurent aucune indemnisation. Bien plus, les biens étaient
soumis à la destruction au vu et au su des propriétaires.
Ainsi, les portes étaient cassées pour être brûlées et les
clôtures métalliques arrachées pour être vendues. Les sols
quant à eux étaient creusés à la recherche de trésors mythiques.
Si
les biens privés à l’intérieur de la Capitale furent en butte à la
destruction, les environs d’Alger connurent le même sort.
Ainsi les officiers supérieurs rivalisaient pour s’accaparer
les plus belles demeures et jardins qu’ils entreprenaient
de détruire après y avoir séjourné.
D’autre
part, les locaux commerciaux furent enlevés aux Algériens
pour être remis aux juifs prioritairement.
Genty
de Bussy a exprimé cette politique par ces propos : « Nous
avons pris l’Algérie ; nous en sommes les propriétaires
sans partage et nous y ferons tout ce qui nous plaira à travers
sa destruction ou autre »
Un
rapport français publié en 1833 a confirmé cette politique
basée sur la destruction et le pillage. On peut notamment
y lire : « Nous avons détruit…et été injustes
envers des populations auxquelles nous avions promis le respect…nous
avons accaparé leurs biens privés sans indemnisation…. ».
Cette voie a été suivie par Bugeaud pour l’exécution de son
plan incluant plusieurs méthodes infernales parmi lesquelles
la dévastation totale des villages habités par les autochtones,
la destruction des institutions religieuses et leur vente
aux colons européens qui les ont démolies pour ériger d’autres
constructions à leur place.
La
confiscation des biens privés avait causé des préjudices
considérables à leurs propriétaires et selon le témoignage
de l’un des français, M. DELSPES : « Les
indigènes dépouillés de leurs biens sans aucune indemnisation
se sont retrouvés dans un tel état de misère qu'ils étaient
contraints de mendier »
Même
l’artisanat qui était pourtant conscrit à un nombre limité d’Algérois
fut anéanti et n’eut plus aucune existence. Les biens publics
constitués par le legs laissé derrière lui par le Dey Hussein
et en premier lieu les fonds algériens déposés au Trésor
public estimés à 50 millions de dollars, furent accaparés
par les autorités d’occupation qui se les sont appropriés.
Il
en fut de même pour les biens religieux waqf qui furent
confisqués en vertu de la décision du 8 septembre 1830 laquelle
fut suivie par une deuxième décision le 7 décembre 1830 autorisant
le gouverneur général à disposer même des biens religieux
en les louant ou les donnant en location.
Aux
termes de ces deux décisions eut lieu la nationalisation
des biens publics qui furent, par la suite, mis à la disposition
des colons vu que l’administration française leur avait vendu,
en matière de biens waqf, pour l’équivalent
de 4495839 Francs. La destruction s’est par la suite étendue à toutes
les grandes villes où les troupes d’occupation ne se sont
pas contentées de couper les arbres mais ont troué les conduites
d’eau et détruit les canaux d’irrigation. Parallèlement les
noms des rues furent changés et les marchés existant à l’époque
détruits et transformés en places publiques. De même, de
nombreuses maisons furent démolies à Alger pour réaliser
la place du Gouvernement. Ces biens furent transformés en
cabarets, lieux de culte ou cafés à la française.
Dans
ce domaine, et selon des sources françaises concernant les
biens de manière générale, le Docteur Sâadallah a relevé ce
qui suit :
-
Les biens de l’état (beylik) estimés à 5000 propriétés et
qui comprenaient diverses installations parmi lesquelles
des casernes, des bâtiments officiels, des biens des gouvernants,
ministres et hauts fonctionnaires dans le gouvernement algérien
ont été affectés à l’administration coloniale.
-
Les biens de beyt el mel (Trésor public) à savoir les biens
saisis et versés au Trésor parmi les et pour lesquels il
n’y avait pas d’héritiers ;
-
Les biens privés constitués par de nombreux biens immobiliers;
-
Les biens religieux (waqf) en dépit de leur statut
de biens publics étaient de diverses sortes :
-
les biens waqf à la Mecque et Médine, nombreux et
très riches
-
les biens appartenant aux mosquées
-
les biens des zaouias (confréries) et des mausolées
-
les biens waqf en Andalousie, les biens des nobles,
les biens waqf des janissaires et les biens waqf en
voie publique et enfin les biens waqf en sources d’eau.